Friday, June 10, 2011

Méandres















Assis dans un fauteuil profond, le coude appuyé sur sa table de travail, il regardait la grande jeune femme, vêtue de noir, qui se tenait debout devant lui. Un rais de lumière nuancé d'or pâle effleurait doucement ses cheveux bruns, souples et lisses. Puis, à un mouvement que fit le jeune homme, il éclairait pendant quelques secondes le fin visage mat de la silhouette féminine, sa bouche ferme au plis énigmatique, ses yeux d'un bleu de cobalt étrangement beaux dans lesquelles brûlait la flamme d'une intelligence profonde liée à une volonté dominatrice. Tout, dans sa tenue décelait le goût le plus sûr et le plus raffiné, depuis ses longues bottes de daim fauve jusqu'à son décolleté duquel jaillissait une légère et précieuse dentelle tranchant sur le velours noir de son immense col. L'homme demeura un instant songeur, ses sourcils se rapprochèrent légèrement.
- Bonsoir, murmura la jeune femme en souriant.
Ses yeux surpris et inquiets s'attardaient sur le pâle visage de l'homme presque décomposé.
- Excusez moi. Je... ne me sens pas très bien. La voix sortait difficilement de sa gorge contractée. Ses yeux se baissaient comme pour cacher l'angoisse et l'indignation qui s'y reflétaient.
- Vraiment ?
En prononçant ces mots avec une intonation singulière, elle fixait le jeune homme avec une telle puissance de pénétration qu'il ne puis s'empêcher de relever son regard. Tous deux se rencontrèrent. Quand soudain...

[...]

Thursday, April 07, 2011

Peut-on reconstruire sur des ruines?

Monday, March 07, 2011

Distract me with your eyes















Il restait muet, gorge nouée sur un sanglot. Elle était partie. Mais brusquement il avait envie de la rappeler pour lui crier qu'elle s'était trompée, que son piètre mensonge était le seul dont il n'avait pas besoin, qu'il n'était pas courageux et qu'il ne pouvait pas l'être parce que c'était bien plus fort que toute son angoisse qui l'étranglait à la pensée qu'il ne pouvait pas décider de son avenir. Oh non, il ne trichait pas avec lui-même, mais il n'était pas pour autant un homme magnanime et lucide.
Impossible qu'il participe à un dialogue de haute tenue comme vous le souhaiteriez. Parce qu'il vacille. Parce que vos larmes lui donne la nausée. Parce qu'il n'a aucun message à vous offrir. Parce qu'il n'est que peur et chaos. Et parce que, de cette peur viscérale qui le submerge, il ne peut jaillir qu'un seul cri : Je ne veux pas mourir.

La vie commence à minuit














Depuis qu'elle avait appris à le connaître, une singulière impression de fraîcheur et de joie était entrée en elle. Il y a peu de temps de cela, il avait éveillé, sans s'en rendre compte, un foyer de chaleur dans son coeur desséché par la méfiance et le mépris, durci par tant de regrets. Tout en lui révélait l'inspiration, l'admiration, l'éblouissement.
Mais à chaque instant où elle rencontrait son regard c'était pire, elle ressentait plus intensément encore cette sensation inconnue qui la pénétrait. Lorsqu'elle le contemplait ardemment, elle ne pouvait s'empêcher de tressaillir de stupéfaction en sentant frissonner le bonheur naissant qu'il lui procurait.
Sous le mystère que lui inspirait cette fascinante créature peut-être se cachait-il déjà les prémices de l'amour? Dans son âme si trouble, elle éprouvait toujours une sensation de lumière qui l'environnait où elle trouvait l'oubli, avec tout le reste.

Friday, February 11, 2011















Des yeux immenses, profonds, à l'identique du ciel au-dessus de leurs têtes.
Cependant lorsqu'ils vous observent, leur pudeur est telle que vous n'avez pas le sentiment d'être déshabillé.

Thursday, January 27, 2011

So long

















Et maintenant que je n'accepte plus la main que tu me tends?

Tuesday, January 18, 2011

Embrace the past














Le matin qui suivait le drame, alors qu'elle descendait nonchalamment les escaliers pour gagner le salon, elle aperçu un inconnu se tenant debout, accolé à la rambarde près du vestibule. Après avoir observé la vacillante clarté jaune d'une bougie qui se jouait sur le visage de l'inconnu, elle s'arrêta instinctivement au bas de l'escalier. Une sorte d'émotion tendait ses traits durs.
Ils s'assirent tous les deux dans la salle à manger sans dire un mot. Lui semblait nerveux et las, elle, sentait son coeur si gonflé qu'elle craignait à tout instant d'éclater en sanglots. Ils échangèrent quelques phrases banales, en ne prêtant pas attention au jour qui tombait. La pièce s'assombrissait alors en les enveloppant comme d'une ombre funèbre. Par moment, des frissons la parcourait et son buste fléchissait, comme courbé par tout le poids de cette douleur qui enserrait son coeur. Dans le foyer, les langues de flammes se tordaient autour du bois rugueux et sifflaient doucement. Leur lueur fugitive glissait parfois sur ses cheveux entremêlés et sur son visage altéré par la fatigue.
L'étranger repartit quelques heures plus tard. Personne ne saura jamais de quoi leur conversation aura été question ce jour. A présent, l'atmosphère de la vieille maison semblait lui peser. Là où tant de saines traditions, tant de fortes et intangibles instructions avaient répandu leur parfum, son âme amorphe, flétrie par d'incessantes abdications, éprouvait le sourd malaise d'un remord.